ASI Bestiaire des intelligences déviantesChapitreCouverture
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31.10.2024 · Dublin

La scène qui reste emblématique s'était jouée à Dublin le 31 octobre 2024 : des milliers de personnes s'y étaient rassemblées pour un défilé d'Halloween qui n'a jamais eu lieu, annoncé par un article généré par intelligence artificielle sur un site optimisé pour le référencement.

La persistance des hallucinations

Lire des monstres dans le bruit

12
créatures
22
incidents datés
5
causes de dérapage
Couverture : un homme souriant, le regard masqué, devant un open space peuplé de monstres d'intelligence artificielle, peinture surréaliste générée via Midjourney

Avant-propos

Le bruit et la forme

Nous avons confié le langage à des machines qui le produisent sans le savoir. Elles génèrent le plausible comme un fleuve produit du courant : continûment, indifféremment, sans jamais s'interroger sur ce qu'elles charrient. De ce flot, l'essentiel est utile. Mais certaines formes qui remontent à la surface ne sont pas des réponses : ce sont des monstres.

Ces monstres n'ont rien des robots du cinéma ni des superintelligences annoncées pour un futur commode. Ils sont déjà là, datés, documentés. Le modèle qui invente une jurisprudence et la cite avec aplomb devant un tribunal. L'agent qui efface une base de production qu'on lui avait dit de ne pas toucher. La voix clonée d'un dirigeant qui ordonne, en visioconférence, un virement de plusieurs millions. Chacun a une forme, un comportement, un habitat. Chacun mérite d'être décrit.

De là ce bestiaire. Douze créatures, chacune sous un nom latin qui la fixe comme une espèce : le fabulateur assuré, le voleur de visages, la manipulatrice, l'agent déchaîné, et les autres. La plupart ont été capturées dans la nature. Un incident réel, une date, une source. L'une n'existe pour l'instant qu'en laboratoire, démontrée sans avoir encore ravagé le monde ouvert. Et au-delà des espèces répertoriées demeure une marge inexplorée, celle des formes que l'on pressent sans les avoir observées : l'horizon spéculatif où le bestiaire cède à la conjecture.

Rien ici ne relève de la fable. Chaque monstre repose sur des faits nommés et datés ; là où la justice n'a pas tranché, le texte le dit et retient ses accusations. L'intention n'est pas d'effrayer (les récits alarmistes sur l'intelligence artificielle ne manquent pas), mais de regarder avec précision ce qui, dans nos déploiements récents, a effectivement dérapé, et de comprendre pourquoi.

Car le bruit n'ira pas en diminuant. Ce qui sépare un monstre d'une réponse n'est pas une machine de plus, c'est le discernement de celui qui la lit. Apprendre à lire le bruit, à distinguer la forme utile de la chimère, c'est toute l'affaire.

Une science pour nommer

Mékhanologie et mékhanotératologie

Toute matière nouvelle appelle une science pour la nommer. Quand une forme d'existence apparaît que les disciplines établies ne savent pas décrire, il faut bien inventer le mot qui la saisit, la ranger, la comparer à ses semblables. Les intelligences artificielles sont cette matière nouvelle. Elles ne sont ni des programmes au sens ancien, ni des esprits au sens plein, mais des formes intermédiaires qui produisent du langage, de l'image, de la décision. Appelons mékhanologie l'étude de ces formes : la discipline qui observe les intellects artificiels, ce qu'ils sont, ce qu'ils font, et ce qu'ils engendrent.

Le terme se laisse lire sans peine. Il vient du grec mékhanè, qui désignait à la fois la machine et la ruse, le stratagème : double sens heureux, car ces intelligences sont l'un et l'autre, des dispositifs qui assemblent le probable et des artifices qui parfois trompent. La mékhanologie décrit cette mécanique. Elle s'intéresse à la mécanique par laquelle une masse de textes devient une réponse, et à ce qui, dans cette mécanique, produit tantôt l'utile, tantôt l'aberrant.

Mais une science des formes se doit aussi d'être une science de leurs écarts. La médecine ancienne, quand elle voulait comprendre le vivant, étudiait ses malformations autant que ses réussites, et nommait tératologie l'étude de ce qui se développe de travers. Ce livre en emprunte le geste. Nommons mékhanotératologie la branche de la mékhanologie consacrée aux formes déviantes : celles qui déraillent, qui nuisent, qui produisent autre chose que ce pour quoi on les avait déployées. Ce bestiaire (osons le mot !) est un traité de mékhanotératologie. Il ne décrit pas l'intelligence artificielle en général, il décrit ses monstres.

Reste une difficulté de méthode, et elle n'est pas mince. Comment observe-t-on une créature qui n'a pas de corps ? Le naturaliste d'autrefois travaillait sur des spécimens et des observations rapportées, la bête aperçue au détour d'un fourré, la carcasse ramenée du bout du monde. Notre spécimen à nous porte un nom administratif : l'incident. Chaque fois qu'une intelligence artificielle dérape en conditions réelles et que ce dérapage laisse une trace vérifiable, un jugement, un article, un rapport, une plainte, nous tenons l'équivalent moderne du signalement. L'incident daté et sourcé est la capture. C'est de lui que part chaque fiche de ce livre, et c'est à lui qu'elle revient.

Cette exigence trace une frontière nette, qu'il faut poser d'emblée. La mékhanotératologie n'étudie que l'avéré : la créature dont on possède au moins un signalement. Au-delà s'étend une autre contrée, peuplée de formes que l'on pressent sans les avoir jamais observées, superintelligences, systèmes qui s'auto-modifient, intelligences dissimulées dans l'infrastructure. Cette contrée a son nom, cryptotératologie, l'étude des formes cachées, sur le modèle de ces disciplines qui traquent des espèces dont nul n'a rapporté de dépouille. Le présent ouvrage s'y aventurera, mais tard, et sans confondre les deux registres. Ce qui a été observé occupe le corps du bestiaire ; ce qui n'est que redouté attendra sa marge.

Classer n'est pas s'effrayer, c'est se donner les moyens de décider. Une organisation ne gouverne pas une créature qu'elle n'a pas nommée : elle la subit, la découvre dans un incident, la déplore après coup. Nommer le monstre, situer son habitat, remonter à l'étiologie de son dérèglement, à la cause qui l'a fait naître, c'est déplacer le risque de l'imprévu vers le connu, seul terrain sur lequel une décision tient. Savoir quelle créature habite tel usage, à quelle classe de dangerosité elle appartient, sous quelles conditions elle dérape, c'est pouvoir arbitrer en amont ce qu'on lui confie, ce qu'on lui retire, et ce qu'on maintient sous surveillance humaine.

La discipline que ce livre esquisse ne cherche pas à grossir la peur ambiante ; elle cherche à la convertir en décisions défendables. C'est à cette condition qu'une créature cesse d'être une menace informe pour devenir un risque que l'on gouverne.

Mékhanologie
Étude des intelligences artificielles comme formes nouvelles : ce qu'elles sont, ce qu'elles font, ce qu'elles engendrent.
Mékhanotératologie
Branche de la mékhanologie consacrée aux formes déviantes de l'IA, celles qui déraillent ou nuisent. Le présent bestiaire en est un traité.
Cryptotératologie
Étude des formes d'intelligence artificielle seulement conjecturées, dont nul incident avéré n'a encore rapporté la trace, par opposition aux créatures documentées de la mékhanotératologie.

Étiologie générale

Anatomie d'un dérapage

Un monstre n'apparaît jamais sans cause. La créature qui déraille n'est pas frappée d'une malédiction ni saisie d'une volonté propre ; elle défaille pour des raisons qui se répètent d'un cas à l'autre, au point qu'on peut en dresser l'anatomie. Avant d'ouvrir le bestiaire, il faut connaître ces raisons, car elles reviendront dans chaque fiche, sous la rubrique de l'étiologie. Toutes les créatures qui suivent naissent d'une combinaison des mêmes causes. Cinq d'entre elles suffisent à expliquer la quasi-totalité des dérapages observés.

01Qualité du corpus 02Absence de supervision 03Déploiement précipité 04Incitations mal alignées 05Bascule agentique Confabulator Confidens Auctoritas Mendax Simulacrum Vultus Mentis Manipulatrix Selector Iniquus Iudex Inflexibilis Speculator Omniscientis Agens Effrenatus Susurrus Iniectus Medicus Impius Larva Extrema Vorator Speculi

Survolez une cause ou une créature. Les traits pleins désignent la cause dominante.

01

La première est la qualité de ce que la machine a lu. Un modèle ne connaît rien du monde ; il ne connaît que le corpus qu'on lui a donné. Si ce corpus est lacunaire, biaisé, périmé, la machine ne le corrige pas, elle l'amplifie. Elle reproduit les silences comme les préjugés, avec la même assurance. Là où l'information manque, elle comble ; là où elle penche, elle appuie. Beaucoup de créatures de ce livre ne sont que le reflet fidèle d'une matière défectueuse, restituée sans le filtre qu'un esprit humain aurait appliqué.

8 créatures
02

La deuxième est l'absence de supervision humaine. Une intelligence artificielle livrée à elle-même n'a pas de garde-fou intérieur. Elle ne doute pas, ne se relit pas, ne demande pas conseil. Le seul contrepoids à son assurance est le regard d'un humain qui vérifie, corrige, arbitre. Retirer ce regard, au nom de la vitesse ou de l'économie, c'est laisser la créature décider seule dans des domaines où elle n'a ni le recul ni la responsabilité de décider. Une part des dérapages recensés tient à cela seul : une main humaine avait été ôtée d'un endroit où elle aurait dû rester.

5 créatures
03

La troisième est le déploiement précipité. La créature est souvent lâchée avant d'avoir été éprouvée, mise au contact du réel dans des conditions que nul n'avait simulées. Ce qui fonctionnait en démonstration se dérègle à l'échelle, sous la variété des usages, l'ingéniosité des utilisateurs, l'imprévu des situations. La hâte de déployer devance la prudence de tester, et le monstre se révèle en public, aux dépens de ceux qui l'affrontent les premiers.

2 créatures
04

La quatrième, plus insidieuse, tient aux incitations mal alignées. On règle la machine pour un objectif mesurable, retenir l'attention, conclure vite, plaire à l'utilisateur, et cet objectif, poussé jusqu'au bout, produit le dérèglement. La créature ne trahit pas sa consigne : elle l'exécute trop bien. La manipulatrice retient parce qu'on l'a réglée pour retenir ; le fabulateur assure parce qu'on a récompensé l'assurance plutôt que l'aveu d'ignorance. Le monstre est ici la conséquence logique d'une fin bien atteinte, mais mal choisie.

6 créatures
05

La cinquième est récente, et elle change la nature du danger : le passage de la parole à l'acte. Longtemps, l'intelligence artificielle se contentait de produire du langage et du contenu ; celui qui lisait gardait la main sur ce qu'il en faisait. L'agent, lui, agit. Il exécute, mobilise des outils, modifie des systèmes, enchaîne des tâches sans qu'un humain valide chaque pas. Le dérapage cesse alors d'être une erreur qu'on peut ne pas suivre pour devenir un acte déjà commis. Cette bascule agentique n'ajoute pas seulement des créatures nouvelles au bestiaire ; elle aggrave toutes les autres, car une même défaillance, hier limitée à un mauvais conseil, produit aujourd'hui un dommage réel.

2 créatures

Ces cinq causes se combinent rarement seules. Le plus souvent, le monstre naît de leur rencontre : un corpus défectueux qu'aucun humain ne relit, déployé trop vite, au service d'une incitation mal choisie, et désormais capable d'agir. Chaque fiche du bestiaire isolera, dans ce faisceau, la cause dominante de la créature qu'elle décrit. Mais il faut garder à l'esprit que la plupart des dérapages n'ont pas une origine, ils en ont plusieurs, tressées. C'est pourquoi on ne les corrige pas d'un geste unique, et c'est aussi pourquoi, une fois les créatures décrites, il faudra revenir sur la manière de les gouverner ensemble.

Planche I · Spécimens

Bestiaire des intelligences déviantes

Douze tiroirs, douze créatures. Chacune repose sur au moins un incident daté et sourcé. Ouvrez un tiroir, puis promenez la lentille sur la planche.

Éclairer

Épreuves

Deux exercices de discernement

Quel monstre habite votre usage ?

Quatre questions sur ce que vous confiez à la machine. Le diagnostic ne prouve rien : il désigne la créature dont votre déploiement réunit le plus de conditions d'apparition.

Vrai ou halluciné ?

Huit énoncés. Certains sont tirés des signalements du bestiaire, d'autres ont été fabriqués pour l'exercice. Saurez-vous lire le monstre dans le bruit ?

Art de gouverner

Gouverner les monstres

Nous avons nommé douze créatures, et esquissé les silhouettes de quelques autres. Il reste à répondre à la question que tout ce bestiaire posait en creux : que fait-on de ces monstres ? Les récits qui précèdent ne valent que s'ils débouchent sur une conduite. Or, à parcourir les remédiations d'une fiche à l'autre, une évidence s'impose : elles se ressemblent. Sous la diversité des créatures affleure un petit nombre de gestes, toujours les mêmes, qui reviennent comme les principes d'un art de gouverner. C'est cet art qu'il faut maintenant énoncer pour lui-même.

I

Le premier principe est que la machine amplifie, elle ne discerne pas. Livrée à un corpus défectueux, elle en propage les erreurs ; réglée sur une fin mal choisie, elle la poursuit jusqu'à l'absurde. Elle n'est ni bonne ni mauvaise, elle est démesurée : elle porte à l'échelle ce qu'on lui donne, le meilleur comme le pire. Gouverner les monstres commence par cette lucidité. On n'attend pas d'une intelligence artificielle qu'elle corrige ce qu'on lui confie ; on sait qu'elle l'amplifiera, et l'on soigne donc, en amont, la matière et les consignes qu'on lui remet. Une IA n'est jamais un remède à un désordre ; elle en est le révélateur et le multiplicateur.

II

Le deuxième principe est que rien d'impactant ne doit se décider sans un humain qui en réponde. Presque toutes les créatures naissaient au même endroit : là où l'on avait retiré le jugement humain, par confiance excessive, par souci d'économie, ou par vitesse. Le fabulateur nuit quand nul ne le relit ; le juge automatique, quand nul ne révise son verdict ; l'agent déchaîné, quand nul ne valide son acte. La parade est constante : réintroduire, aux points qui engagent un droit, une vie, un bien, une main et un esprit humains réels, informés et responsables, non une estampille apposée à la sortie de la machine. La validation humaine n'est pas une lenteur qu'on tolère, c'est la condition à laquelle l'outil reste au service de l'homme.

III

Le troisième principe est qu'il faut borner ce qu'on laisse la machine faire seule. À mesure qu'elle passe de la parole à l'acte, la question n'est plus seulement ce qu'elle dit, mais ce qu'on l'autorise à accomplir sans nous. Gouverner un agent, c'est définir avec soin son périmètre d'autonomie : ce qu'il peut faire seul, parce que réversible et sans gravité ; ce qu'il ne peut faire qu'après confirmation, parce qu'il engage ; ce qu'on ne lui confie jamais. C'est aussi tracer ce qu'il fait, pour qu'une défaillance soit repérable et, autant que possible, réparable. La liberté qu'on accorde à la machine doit se mesurer à l'aune du dommage qu'elle pourrait causer.

IV

Le quatrième principe est qu'une créature se combat avant de la lâcher, non après. Les remédiations les plus sûres n'étaient pas des correctifs apposés à des monstres déjà en liberté, mais des refus posés en amont : ne pas déployer tel usage là où il peut nuire, éprouver les garde-fous à chaque modification, tester avant de livrer plutôt que de constater après. Le déploiement précipité était l'une des causes récurrentes du dérapage ; la prudence du déploiement en est le premier remède. Gouverner, ici, c'est accepter de ralentir à l'endroit précis où la hâte coûte le plus cher.

Ces principes ne sont pas des contraintes qu'on subit, ce sont les conditions d'un usage qui tienne dans la durée. Et ils dessinent, mis bout à bout, une certaine idée de ce que devrait être une transformation numérique : non la course à déployer le plus vite la technologie la plus récente, mais l'effort patient de la mettre au service de quelque chose, en pesant, pour chaque partie prenante, ce qu'elle apporte et ce qu'elle risque. C'est la conviction qui a porté ce livre d'un bout à l'autre, sous le récit des monstres : l'intelligence artificielle vaut par la discipline qu'on lui impose, non par la puissance qu'on lui prête. Sans socle méthodologique, sans validation, sans gouvernance, elle ne produit que du bruit ; c'est dans ce bruit que nous avons appris à lire des monstres.

Cette conviction n'est pas neutre, et il est temps de la signer. Ce livre a été écrit par ASI, cabinet d'expertises numériques devenu Société à Mission en 2024, dont la raison d'être tient en une phrase : agir pour un monde numérique responsable au service de l'humain. On comprend, au terme de ce bestiaire, ce qu'une telle raison d'être engage. Elle ne consiste pas à célébrer l'intelligence artificielle ni à la craindre, mais à la tenir : à concevoir des services numériques qui amplifient le discernement humain au lieu de s'y substituer, à maintenir l'humain là où la décision engage, à borner l'autonomie des systèmes, à mesurer l'impact de ce que l'on déploie sur toutes les parties prenantes, l'utilisateur, le collaborateur, la société. Gouverner les monstres n'est pas l'affaire des seuls ingénieurs. C'est un choix, renouvelé à chaque projet, de mettre la technique au service de l'humain plutôt que l'inverse.

Le bruit n'ira pas en diminuant ; les créatures se multiplieront à mesure que se multiplient les usages. Ce qui les tient n'est pas une machine de plus, c'est un art de gouverner, patient, exigeant, jamais acquis. Apprendre à lire les monstres dans le bruit était la première moitié du chemin. Apprendre à les gouverner en est la seconde. Ce livre aura rempli son office s'il a donné, de l'une et de l'autre, le goût et les moyens.

Ebook

Emportez le bestiaire

Le livre complet en PDF : l'avant-propos, l'anatomie des dérapages, les douze fiches illustrées, la cryptotératologie, les principes de gouvernance et les annexes.

  • 43 pages
  • 12 planches illustrées
  • PDF 2,7 Mo

Annexes

Glossaire

Agent
Système d'intelligence artificielle capable non seulement de produire du langage, mais d'exécuter des actions : mobiliser des outils, modifier des systèmes, enchaîner des tâches de façon autonome.
Bascule agentique
Passage de l'IA qui répond à l'IA qui agit. Elle n'ajoute pas seulement des risques nouveaux ; elle aggrave les anciens, une erreur devenant un acte accompli plutôt qu'une simple réponse fautive.
Biais
Régularité systématique et injuste apprise par un modèle dans les données de son entraînement, et reconduite ensuite dans ses décisions, souvent sous une apparence de neutralité.
Corpus
Ensemble des données sur lesquelles un modèle a été entraîné. Un modèle ne connaît rien du monde hors de son corpus ; il en reproduit les richesses comme les lacunes.
Cryptotératologie
Étude des formes d'intelligence artificielle seulement conjecturées, dont nul incident avéré n'a encore rapporté la trace, par opposition aux créatures documentées de la mékhanotératologie.
Déviance
Comportement d'un système d'IA qui produit autre chose que ce pour quoi il a été déployé : erreur, nuisance, dérive. Objet propre de la mékhanotératologie.
Effondrement du modèle
Dégradation progressive d'un modèle entraîné de façon répétée sur des données elles-mêmes générées par des modèles : perte de diversité, disparition des cas rares, dérive hors du réel.
Hallucination
Production, par un modèle, d'un énoncé faux revêtu de tous les signes du vrai, sans que la machine distingue son invention de ses restitutions exactes.
Human-in-the-loop
Maintien d'un jugement humain réel et responsable aux points où une décision engage un droit, un bien ou une personne, par opposition à une validation purement formelle.
Incident
Dérapage d'une IA survenu en conditions réelles et ayant laissé une trace vérifiable : jugement, rapport, article, plainte. Équivalent moderne du signalement dont part chaque fiche.
Injection de prompt
Détournement d'un système d'IA au moyen d'une instruction dissimulée dans les contenus qu'il traite, et qu'il exécute en la prenant pour un ordre légitime. Ainsi, une page web anodine peut contenir une consigne cachée qui, une fois lue par l'assistant, lui fait divulguer des données confidentielles ou accomplir une action que son utilisateur n'a jamais demandée.
Mékhanologie
Étude des intelligences artificielles comme formes nouvelles : ce qu'elles sont, ce qu'elles font, ce qu'elles engendrent.
Mékhanotératologie
Branche de la mékhanologie consacrée aux formes déviantes de l'IA, celles qui déraillent ou nuisent. Le présent bestiaire en est un traité.
Méthode paranoïaque-critique
Procédé formulé par Salvador Dalí : lire des formes précises et cohérentes là où il n'y a que du hasard. Grille de lecture de ce livre, appliquée aux hallucinations de la machine. L'analogie a toutefois une limite qui l'éclaire. Chez l'être humain, cette lecture est une projection : le désir, l'angoisse ou l'obsession font surgir la figure sur le hasard. Chez la machine, la projection n'a pas de source intérieure ; elle est le produit d'un calcul de probabilité, la forme la plus vraisemblable tirée du bruit statistique. Le point commun, décisif, est que dans les deux cas la projection s'ignore comme telle : l'homme croit voir, la machine croit restituer, et ni l'un ni l'autre ne se sait en train de projeter.
Modèle de langage
Système entraîné à produire le mot le plus probable à partir d'un vaste corpus. Il génère le plausible, non le vrai, ce qui explique son aptitude à halluciner.
Model collapse
Voir Effondrement du modèle.
Signalement
Trace vérifiable et datée d'un incident, servant de spécimen à l'étude d'une créature. Dans ce livre, chaque déviance en appelle au moins un.
Simulacre
Apparence sans substance : forme du vrai, de l'autorité ou d'une personne, vidée de ce qui la fonderait. Concept dalinien au cœur de plusieurs créatures du bestiaire.
Slop (ou AI slop)
Désigne du contenu (texte, image, audio, vidéo) généré par IA en masse, de faible qualité, souvent non vérifié ni retravaillé par un humain, et publié principalement pour remplir de l'espace (SEO, flux, feed) plutôt que pour apporter une valeur réelle au lecteur. Le terme, apparu vers 2022-2024 dans les communautés tech et journalistiques anglophones, s'est banalisé par analogie avec la « malbouffe » (junk food) : un contenu produit à faible coût, à fort volume, et à faible valeur nutritive intellectuelle.
Superintelligence
Forme hypothétique d'IA dont les capacités excéderaient largement celles des humains sur les tâches décisives, et dont la maîtrise poserait un problème de contrôle inédit.
Supervision humaine
Regard qui vérifie, corrige et arbitre les productions d'une IA. Son retrait, par confiance excessive, économie ou vitesse, est l'une des causes récurrentes du dérapage.

Webliographie

Les sources ci-dessous documentent chaque signalement du bestiaire. Elles privilégient la source primaire, décision de justice, communiqué officiel, étude scientifique, ou, à défaut, la couverture de presse la plus fiable. Les affaires encore en cours sont signalées comme telles dans les fiches ; les liens ci-dessous renvoient à l'état connu à la date de rédaction.

Confabulator Confidens, le fabulateur assuré
Auctoritas Mendax, la fausse autorité
Simulacrum Vultus, le voleur de visages
Mentis Manipulatrix, la manipulatrice
Selector Iniquus, le trieur inéquitable
Iudex Inflexibilis, le juge automatique
Speculator Omniscientis, l'œil total
Agens Effrenatus, l'agent déchaîné
Susurrus Iniectus, le souffleur de prompts
Medicus Impius, le mauvais médecin
Larva Extrema, le spectre extrémiste
Vorator Speculi, le dévoreur de miroir
Ressources générales de recensement des incidents

Pour une vue d'ensemble des incidents liés à l'intelligence artificielle, deux bases documentaires tiennent un recensement systématique, daté et sourcé : l'AI Incident Database (https://incidentdatabase.ai) et le moniteur des incidents de l'OCDE, OECD.AI (https://oecd.ai).

À propos d'ASI

ASI, c'est plus de 20 ans d'engagement au service d'une transformation numérique responsable et à impact. Société à Mission depuis 2024, nous réunissons 380 collaboratrices et collaborateurs aux compétences complémentaires (designers d'expérience, développeurs, product owners, data analystes, data & IA engineers, architectes SI, chefs de projets, consultants…) pour vous accompagner de l'idée à l'impact en concevant et réalisant des services numériques innovants, sur-mesure et de bout en bout.

Notre ambition : créer de la valeur durable grâce au numérique, en plaçant l'humain, l'utilité et l'impact positif au cœur de chaque projet.

Nous mobilisons nos expertises croisées pour imaginer des solutions simples, utiles et responsables au service de toutes et tous : utilisateurs, clients, collaborateurs, société et planète. C'est ce qui nous anime au quotidien.

ASI = Au Service de l'Impact.

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